Un investisseur étranger qui cherche cette réponse tombe sur quatre pages qui se contredisent, dont deux datent d'avant 2020. Voici la règle telle qu'elle est écrite aujourd'hui, avec l'article qui la porte, le Journal officiel qui le publie, et l'historique daté qui permet de voir pourquoi une source de 2017 ou de 2019 dit autre chose.
Le seuil de 51 % n'est plus la règle générale de l'investissement étranger. Il ne subsiste que dans deux cas nommés, et il ne figure pas dans la loi relative à l'investissement.
Le texte, mot pour mot, tel qu'il est publié au Journal officiel n° 100 du 30 décembre 2021 : « A l'exclusion de l'activité d'importation de matières premières, produits et marchandises destinés à la revente en l'état et celles revêtant un caractère stratégique, relevant des secteurs définis à l'article 50 de la loi n° 20-07 du 12 Chaoual 1441 correspondant au 4 juin 2020 portant loi de finances complémentaire pour 2020, qui demeurent assujetties à une participation d'actionnariat national résident à hauteur de 51%, toute autre activité de production de biens et services, est ouverte à l'investissement étranger sans obligation d'association avec un partenaire local. »
Deux conséquences pratiques. D'abord, la règle ne se déclenche pas sur la nationalité de l'investisseur mais sur la nature de l'activité : deux sociétés au même actionnariat étranger, l'une qui fabrique et l'autre qui importe pour revendre en l'état, ne sont pas soumises au même régime. Ensuite, le seuil porte sur le capital social, pas sur la gouvernance : il ne dit rien du gérant, de la répartition des droits de vote au delà du capital, ni des conventions entre associés.
Le PDF officiel de ce numéro : https://www.joradp.dz/FTP/jo-francais/2021/F2021100.pdf
C'est le malentendu central. La loi relative à l'investissement de 2022 est souvent présentée comme le texte qui aurait supprimé ou maintenu le 49/51. Elle ne fait ni l'un ni l'autre : elle ne contient aucun plafond de participation.
Le détail qui tranche la question, et qu'aucune des pages qui se classent sur ce sujet ne relève : les visas de la loi 22-18 citent nommément le texte qui porte le seuil. On y lit « Vu la loi n° 20-07 du 12 Chaoual 1441 correspondant au 4 juin 2020, modifiée, portant loi de finances complémentaire pour 2020, notamment son article 49 ». Le législateur a donc écrit la loi sur l'investissement en ayant cet article sous les yeux, et l'a laissé debout.
Autrement dit : la loi 22-18 organise l'enregistrement de l'investissement, les régimes d'incitation, le guichet unique, la garantie de transfert, la stabilité du régime et le règlement des différends. Le périmètre de la détention étrangère, lui, se lit dans la loi de finances complémentaire pour 2020 telle que réécrite fin 2021. Ce sont deux textes distincts, et les confondre est la source de la moitié des réponses contradictoires en ligne.
Le PDF officiel de la loi 22-18 : https://www.joradp.dz/FTP/jo-francais/2022/F2022050.pdf
C'est l'exception la plus large en pratique, et celle dont le libellé a changé deux fois entre 2020 et 2022.
Ce que le texte ne fait pas : il ne définit ni « matières premières », ni « revente en l'état », ni le point où une transformation fait sortir l'activité du périmètre. Aucun des textes que nous avons vérifiés ne donne cette définition. Ce qui est effectivement lu par l'administration, c'est le code d'activité inscrit au registre du commerce, choisi dans la nomenclature du CNRC au moment du dépôt. C'est donc à ce moment là, et pas après, que la question se joue.
La nomenclature complète, avec la recherche par mot clé : https://www.upgrowth.dz/outils/nomenclature
Ici la réponse est en deux étages : une liste de secteurs dans la loi de finances, et une liste d'activités dans un décret. Les deux n'ont pas évolué au même rythme, et c'est le point le plus délicat de toute la question.
L'état de l'article 50 tel qu'il est publié aujourd'hui. La réécriture de l'article 166 de la loi de finances pour 2022 présente quatre tirets : les industries initiées ou en relation avec les industries militaires relevant du ministère de la défense nationale ; un deuxième tiret imprimé entièrement en points de suspension suivis de la mention « (sans changement) », sans mot d'accroche ; les voies de chemins de fer, suivies de la même mention ; les industries pharmaceutiques, à l'exception, suivies de la même mention. L'article 205 de la loi de finances pour 2025 y a ensuite ajouté un tiret : « les activités de production des engrais ».
Nous avons vérifié ce deuxième tiret sur un rendu image de la page 53 du Journal officiel n° 100 : ce n'est pas un défaut d'extraction de notre part, le Journal officiel publie bien un tiret sans texte. Le libellé consolidé de cette ligne ne peut donc pas être reconstitué à partir des seuls textes modificatifs, et nous ne le devinons pas.
Ce que la liste contenait AVANT cette réécriture, à titre d'état antérieur daté : l'exploitation du domaine minier national et toute ressource souterraine ou superficielle relevant d'une activité extractive en surface ou sous terre, à l'exclusion des carrières et sablières ; l'amont du secteur de l'énergie et toute activité régie par la loi sur les hydrocarbures, ainsi que l'exploitation des réseaux de distribution et d'acheminement de l'électricité et des hydrocarbures ; les industries militaires ; les voies de chemin de fer, les ports et les aéroports ; les industries pharmaceutiques, à l'exception des investissements liés à la fabrication de produits essentiels innovants, à forte valeur ajoutée, exigeant une technologie complexe et protégée, destinés au marché local et à l'exportation.
La tension à connaître avant de signer quoi que ce soit. L'article 33 de l'ordonnance n° 21-07 du 8 juin 2021 portant loi de finances complémentaire pour 2021 avait expressément exclu du seuil de 51 % « les activités d'hydrocarbures et les activités minières ». Six mois plus tard, la loi de finances pour 2022 a réécrit l'article 49 dans sa forme actuelle et réorganisé l'article 50. Pendant ce temps, le décret 21-145, dont l'annexe énumère précisément des activités d'extraction d'hydrocarbures et de minerais, n'a été ni modifié ni remplacé dans aucun des numéros du Journal officiel que nous détenons de 2021 à 2026 : il reste au contraire visé comme en vigueur par le décret exécutif n° 25-304 du 16 novembre 2025 et par le modèle de décision qui lui est annexé.
Conclusion honnête : pour une activité d'énergie ou de mines, la réponse ne se déduit pas d'une lecture de comptoir. Elle se fait confirmer par écrit auprès du département ministériel dont relève l'activité avant d'être portée dans un pacte d'associés ou dans une offre. Pour les industries militaires, les voies ferrées, les industries pharmaceutiques hors produits essentiels innovants et la production d'engrais, les textes concordent.
Détenir 100 % d'une société algérienne et pouvoir en faire sortir les revenus sont deux questions différentes, réglées par deux textes différents.
Le même article 8 du décret précise une nuance que beaucoup de résumés écrasent : ne pas atteindre le seuil ne fait pas obstacle au bénéfice des avantages, cela prive seulement l'investissement de la garantie de transfert. Le seuil conditionne la garantie, pas les incitations.
Ce que cette page n'annonce pas. Le transfert de dividendes en dehors de cette garantie relève de la réglementation des changes de la Banque d'Algérie, qui ne fait pas partie de l'ensemble de textes que nous avons vérifiés ici. Nous n'annonçons donc ni délai, ni procédure, ni taux de retenue applicable au transfert. Faites confirmer ce volet par votre banque domiciliataire avant d'en faire une hypothèse de trésorerie.
C'est le volet le plus récent et le moins documenté ailleurs. Il ne concerne pas la création de la société mais la sortie ou l'entrée d'un actionnaire.
Deux points que le montage d'une opération doit intégrer. Pour une entreprise publique économique, la demande est soumise à l'accord préalable du Conseil des participations de l'État (article 5). Et le dossier appelle, entre autres, un extrait de casier judiciaire du cessionnaire étranger, personne physique ou morale, ainsi que des extraits de rôle de toutes les parties (article 6).
À noter, car cela dit quelque chose du sens de la marche : le décret du 16 novembre 2025 visait déjà la cession au profit d'une société de droit algérien détenue majoritairement par des personnes étrangères, avant que la loi de finances pour 2026, promulguée le 14 décembre 2025, ne l'inscrive dans l'article 52 lui-même.
Si vous arrivez ici depuis un mémo de cabinet de 2017, une fiche pays de 2019 ou un article de 2021, voici exactement ce qui a changé entre temps et par quel texte.
Chaque ligne renvoie à un texte publié au Journal officiel. Les numéros et les dates sont ceux de l'édition française.
| Date | Texte | Ce qui change |
|---|---|---|
| 22 juillet 2009 | Ordonnance n° 09-01, loi de finances complémentaire 2009, art. 58 (JO n° 44) | Insère un article 4 bis dans l'ordonnance 01-03 : les investissements étrangers ne peuvent être réalisés que dans le cadre d'un partenariat dont l'actionnariat national résident représente 51 % au moins du capital social, et 30 % au moins pour les activités de commerce extérieur. C'est l'origine de la règle. |
| 30 décembre 2019 | Loi n° 19-14, loi de finances 2020, art. 109 (JO n° 81) | Réécrit l'article 66 de la loi de finances 2016 : le seuil de 51 % est réduit aux seules activités de production de biens et de services revêtant un caractère stratégique pour l'économie nationale, dont la liste doit être fixée par voie réglementaire. Première ouverture. |
| 4 juin 2020 | Loi n° 20-07, loi de finances complémentaire 2020, art. 49, 50 et 51 (JO n° 33) | Ouverture générale : hors achat revente de produits et hors secteurs stratégiques listés à l'article 50, toute autre activité de production de biens et services est ouverte à l'investissement étranger sans obligation d'association avec une partie locale. L'article 51 abroge l'article 109 de la loi de finances 2020 et l'article 62 de la loi de finances complémentaire 2009. |
| 31 décembre 2020 | Loi n° 20-16, loi de finances 2021, art. 138, 139 et 151 (JO n° 83) | L'exception commerciale est resserrée sur l'importation de matières premières, produits et marchandises destinés à la revente en l'état, avec mise en conformité avant le 30 juin 2021. L'article 52 est réécrit et l'article 50 modifié dans son premier tiret. |
| 17 avril 2021 | Décret exécutif n° 21-145 (JO n° 30) | Fixe la liste des activités stratégiques pour l'énergie et les mines, l'industrie pharmaceutique et le transport, en annexe et par code d'activité, et y ajoute les industries militaires liées aux établissements publics du secteur économique de la défense nationale. |
| 8 juin 2021 | Ordonnance n° 21-07, loi de finances complémentaire 2021, art. 33 (JO n° 44) | Réécrit l'article 49 et exclut expressément du seuil de 51 % « les activités d'hydrocarbures et les activités minières ». |
| 30 décembre 2021 | Loi n° 21-16, loi de finances 2022, art. 165 et 166 (JO n° 100) | Donne à l'article 49 sa rédaction actuelle, celle qui s'applique aujourd'hui, et réorganise la liste de l'article 50 en quatre tirets dont le deuxième est publié sans texte. |
| 24 juillet 2022 | Loi n° 22-18 relative à l'investissement (JO n° 50) | Nouveau cadre de l'investissement : liberté d'investir, garantie de transfert, stabilité du régime, arbitrage, guichet unique, régimes d'incitation. Aucun plafond de détention. Abroge la loi 16-09 sauf son article 37, et laisse l'article 49 intact. |
| 8 septembre 2022 | Décret exécutif n° 22-300, art. 8 (JO n° 60) | Fixe à 25 % du montant de l'investissement le seuil minimum de financement d'origine étrangère ouvrant droit à la garantie de transfert de l'article 8 de la loi 22-18. |
| 24 novembre 2024 | Loi n° 24-08, loi de finances 2025, art. 205 (JO n° 84) | Ajoute « les activités de production des engrais » aux secteurs stratégiques de l'article 50. |
| 16 novembre 2025 | Décret exécutif n° 25-304 (JO n° 78) | Définit la procédure d'autorisation préalable de cession d'actions ou de parts sociales au profit d'étrangers dans une société d'un secteur stratégique : dépôt, avis de sept départements ministériels et de la Banque d'Algérie sous trente jours, motifs de rejet obligatoires, réponse sous soixante jours. |
| 14 décembre 2025 | Loi n° 25-17, loi de finances 2026, art. 164 (JO n° 88) | Étend l'autorisation préalable de l'article 52 à la cession réalisée au profit d'une société de droit algérien dont le capital est détenu majoritairement par une personne étrangère. |
Une page qui prétend trancher là où quatre sources se contredisent doit dire où s'arrête ce qu'elle établit. Voici les quatre limites de cette page, au 22 août 2026, dans les numéros du Journal officiel que nous détenons.
Comment vérifier vous même, sans nous croire sur parole. Les numéros cités sont tous en ligne sur joradp.dz et repris dans notre archive du Journal officiel, année par année. Le numéro qui porte l'article 49 dans sa forme actuelle est le n° 100 du 30 décembre 2021 ; celui qui porte la loi sur l'investissement est le n° 50 du 28 juillet 2022 ; celui qui porte la liste des activités stratégiques est le n° 30 du 22 avril 2021.
Notre archive, année par année : https://www.upgrowth.dz/journal-officiel
Structurer une implantation à capitaux étrangers
Objet social, enregistrement AAPI, compte en devises, pacte d'associés